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9 août 2012 4 09 /08 /août /2012 17:53
Le shadow banking, en fait la finance de l’ombre, est peu connu du grand public et ne semble guère intéresser nos journalistes et analystes en tout genre. Le sujet n’a d’ailleurs, même pas de page Wikipédia en français, ce qui est bien dommage. Heureusement qu’il y a le
livre vert de la Commission Européenne  du 3 mars 2012 intitulé « Le système bancaire parallèle » pour nous informer. Cette information est tout de même restée relativement confidentielle alors que ce qui est induit par le Shadow Banking est en grande partie l’origine de la crise que les états et les citoyens notamment européens traversent actuellement. Tout cela ne semble être que les prémisses d’une catastrophe économique et sociale majeure …
 
 
Selon Michel Barnier , Commissaire Européen au Marché Intérieur et aux Services, le Shadow banking représente « entre 25 et 30% des actifs gérés par l'ensemble du système financier » , soit officiellement environ 46.000 milliards d'euros.
Cette estimation officielle est largement sous-estimée et Marc Roche, expert financier au Monde, auteur de l’ouvrage « Le capitalisme hors la loi » estime dans une longue interview accordée au Monde que « … la place de ce que j'appelle le "capitalisme hors la loi", c'est-à-dire non réglementé, est désormais supérieure au poids de la sphère financière régulée et transparente. La crise des crédits à risque subprimes de 2008-2009 a accentué le poids de cette économie souterraine, puisque ses acteurs ont pu compenser leurs pertes et garder leurs profits grâce au recours à cette finance parallèle, légale, mais profondément immorale : conflits d'intérêts, évasion fiscale, risques systémiques, impunité et âpreté aux gains. ».
A cela Marc Roche rajoute clairement «  Le recours aux paradis fiscaux, aux hors-bilans, aux
sociétés offshore, à l'optimisation fiscale, aux liens étroits tissés avec les politiques ont contribué à la crise de 2008-2009 comme à celle de la dette souveraine de nos jours. ». C’est logique, le Shadow Banking siphonne en fait l’économie réelle en détournant délibérément l’argent du circuit traditionnel qui lui est surveillé et taxé.
Marc Roche souligne qu’il fait la navette entre la City et Wall Street depuis des décennies, ce qui le choque le plus est « l‘impunité des banquiers », il ira même plus loin affirmant en fait qu’ « Aucun banquier, même dans les cas de fraudes avérées, n'a été à ce jour inquiété, jugé et condamné … tous retrouvé du travail dans la finance, ont conservé leur retraite et parachutes dorés, et même leur titre nobiliaire dans le cas du Royaume-Uni ». Il fait ensuite un parallèle très intéressant avec « un gamin qui vole une bouteille d'eau pendant les émeutes de cet été écope d'une
peine de prison ferme de six mois en justice expéditive. C'est choquant. »
 
 
Un tel système parallèle n’a pu autant se développer sans la complicité et la corruption active de nombreux acteurs politiques, économiques et médiatiques. Il est le symbole même du règne de la corruption et de l’énormité des sommes d‘argent soustraites sciemment du système bancaire traditionnel censé aider au développement des hommes et des entreprises. En gros, cet argent clairement immoral est à la fois l’argent de poche du système et son bas de laine.
 
D’où provient tout cet argent est une question légitime et intéressante. Marc Roche nous a éclairé en parlant de hors bilan, paradis fiscaux, sociétés offshore, du grand fourre-tout de l’optimisation fiscale. En fait derrière ces beaux mots se cache en fait l’argent détourné aux Etats par le biais de l‘évasion fiscale et autres savantes turpitudes financiarisées, des mafias des drogues et du sexe, des dictatures déchues, les mallettes et pots-de-vin des politiques, industriels et autres corrompus alimentent ce Shadow Banking. On doit également y trouver
une part des milliards d’euros injectés par la BCE pour sauver le système bancaire traditionnel sous couvert d‘aide aux Etats européens. Il est clair qu’il doit être plus fourni en cash, si je puis dire, que le système traditionnel alimenté par le crédit, le travail et la sueur des hommes et des entreprises de l’économie réelle.
 
Le Medef a fait clairement état de sa position à la Direction du Marché Intérieur et des Services de la Commission Européenne le 31 mai dernier dans un un rapport de 5 pages.
Le MEDEF rejoint la Commission Européenne dans « l’objectif d’assurer l’inscription dans le cadre des secteurs d’activités de financements européens de réglementations adaptées ». En fait, le shadow banking est tellement développé qu’il ne reste plus qu’à le légitimer en lui taillant un costume législatif sur mesure.
 
Le MEDEF reconnait que sous le terme générique de shadow banking se cache en fait une multitude de pratiques et techniques financières. C’est également la reconnaissance noir sur blanc d’une « finance de l’ombre » comme le stipule le MEDEF. C’est aussi reconnaître que le système bancaire actuel n’est plus en mesure d’assurer une garantie des investissements. Quand on voit qu’officiellement 46.000 milliards d’euros y sont soustrait, ce n’est pas étonnant.
Il faut également noter que le système bancaire actuel est celui réservé prioritairement aux particuliers et petites entreprises. Les petits patrons, les artisans sont totalement dépendants du système bancaire traditionnel pour 2 raisons. En effet, les banques gèrent à la fois le compte de ces entrepreneurs mais également ceux de leurs clients …
 
Le MEDEF insiste sur le fait que le terme « Shadow banking » est un terme à « abolir »et préfère le terme plus soft et respectable de « finance non régulée ». Que cela veut-il donc bien dire? N’est-ce pas en fait tout simplement un moyen de remplacer un mot par un autre afin de l’habiller d’une implacable respectabilité de façade. Un peut comme parler mine de rien
du  "risque systèmique» pour parler en fait de méga crack financier qui mette sur la paille l’ensemble des petits épargnants du système traditionnel. Bref, rien de moins qu’un effondrement du système financier global. On y cours tout droit d’autant plus que bon nombre capitalisent sur le système parallèle affaiblissent de fait le système traditionnel.
 
Le MEDEF s’alarme de la dégradation des conditions de financements des entreprises européennes ainsi qu’ « Un réel risque d’altération du modèle européen de financement intermédié ». Que cela veut-il donc bien dire? Le financement intermédié désigne tout simplement un financement d’origine bancaire ... Donc on recommence et ça nous donne en fait qu’il existe un risque réel d’effondrement du système bancaire européen reconnu par le MEDEF. Tout cela pour basculer vers « une ère de financement davantage désintermédié » c’est-à-dire vers l’obtention de capitaux directement sur les marchés financiers. 
   
Le financement désintermédié est également appelé financement externe direct. Il ne fait pas appel à la transformation monétaire et permet de mettre directement en contact l’offre et la demande de capitaux. Cela veut également dire que le financement des entreprises se fera majoritairement sur le marché financier par l’émission de titres …      
 
Natatix a publié en octobre 2011 dans son Flash Economie, un dossier à usage restreint intitulé
« L’inexorable désintermédiation du financement des entreprises de la zone euro: est-on prêt à en assumer les conséquences? ». Leurs têtes chercheuses y expliquent clairement que le mode de financement actuel des entreprises de la zone Euro via le crédit bancaire « n’est plus compétitif » et que nous allons à grand pas vers un financement comme aux USA. En effet, le crédit bancaire aux entreprises représente 15% du PIB aux USA pour 90% dans la zone euro. Bref, pour tout un tas de raisons très techniques développées dans le dossier, résumée en fait par le besoin impérieux de maxicapitaliser, il est clairement dit que la désintermédiation était programmée. Elle se ferait très certainement sous 2 formes:
- La titrisation qui consiste à transformer des créances (en fait des dettes, des factures, des crédits) en titres financiers émis sur le marchés des capitaux. En gros, vendre de la merde à prix d’or à des gogos qui sont toujours les petits épargnants. La titrisation a été massivement pointée du doigt dans la crise des sub-prime de 2007 et le crack de 2008 qui nous ont tous entraînés dans la grande spirale de la récession et des politiques de rigueur.   
   
- Le développement du marché obligataire High-yield. Ces obligations sont à haut rendement en raison d’un risque plus élevé. Elles sont très voisines des junk bonds, des obligations pourries qui firent la fortune de Wall-Street jusqu’au crack de 1989.
 
Ces 2 solutions hautement spéculatives ont déjà largement montré leur limites. Les entreprises sont beaucoup plus fragiles et dépendantes du marché c’est-à-dire de la finance et du bon vouloir de ses grands manitous planqués derrière de le boucliers de savants algorithmes transnationaux.
 
La création de monnaie physique sera considérablement réduite de manière à favoriser
la monnaie électronique qui a encore du mal à s’imposer mais qui deviendra à terme la norme. Le gouvernement français est le garant de la bonne certification des ces portes-monnaie électroniques. Certains n’hésitent pas à même parler de  l’implantation d’une puce électronique type RIFD qui permettrait de régler la quasi-totalité de nos achats. En passant cette puce stockerait toutes les informations vous concernant et vous permettrait d’être constamment localisable.
 
Une des questions qui me vient également à l’esprit est celle du financement des PME, TPE, artisans, commerçants qui constituent le poumon de notre économie. Les petits n’arriveront pas à négocier avec la finance encore plus désincarnée et sans pitié qu’un brave conseiller financier. Et qu'en sera t'il du financement de ceux qui ne peuvent ouvrir leur capital en raison de leur petite taille?
   
Il en résultera la fin de l’initiative économique personnelle, de la petite entreprise. Il n’y
aura de salut que pour les  franchises qui couvriront l’ensemble des activités et services nécessaires. Tout le monde y passera, du coiffeur au plombier en passant par la femme de ménage, sans parler des commerçants qui sont déjà à considérer comme une espèce en voie de disparition, si je puis me le permettre.
Il n’y aura point de salut à la libre entreprise individuelle, c’est la mort des vrais petits patrons et la fin du rêve de monter sa boite. L’entrepreneur individuel deviendra en fait un éternel gérant qui trimera comme un âne dans une pseudo liberté millimétrée. Le but étant de redistribuer la majorité du travail aux financiers désincarnés et de tuer également la transmission de patrimoine. C’est la fin programmée de la petite entreprise et de l‘initiative individuelle. Merci le MEDEF de le dire dans vos rapports mais de le cacher aux petits entrepreneurs qui pensent que vous défendez leurs intérêts.    
 
La finance veut tuer les banques, tuer ce qu’il reste de rapports humaines entre le préteur et l’emprunteur, réduire la masse salariale pour favoriser les traders ou autre spécialistes financiers. Mes amis, il sera certainement un temps où l’on finira par regretter son banquier ou son conseiller de clientèle que l’on pouvait encore amadouer ou envoyer chier ...    
     
 
 
Stéphanie MARTHELY - Plume Citoyenne
 
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